Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.

mercredi 18 février 2009

Les soleils d'Emily Dickinson

Encore un petit poème d'Emily Dickinson (1830-1886), jeune femme étonnante. Elle n'a presque rien publié de son vivant, quelques poèmes épars dans des revues. Quelques voyages à Boston, Philadelphie et Washington exceptés, elle ne quitte pratiquement jamais sa petite ville natale Amherst. Elle aura toute sa vie durant une propension à tomber amoureuse des hommes qu'elle approche mais finit sa vie seule. Elle entretient avec ses proches et avec le critique Thomas Wentworth Higginson qu'elle considère (hélas!) comme son maître - il faut dire que le maître n'avait pas vu le génie de l'élève et lui déclara tout de suite que ses poèmes étaient "impubliables" - une correspondance passionnée, à la tonalité tantôt humoristique, tantôt lyrique - certaines lettres livrent même une introspection des plus poignante. A partir de 1864, Emily ne quittera plus Amherst, ni même la propriété familiale, elle observe le monde de ce point fixe, qu'est Amherst et recueille ses poèmes dans des cahiers qu'elle coud à la main.


The longuest day tat God appoint...

The longest day that God appoint
Will finish with the sun.
Anguish can travel to it's stake,
And then it must return.

Pièce 1153, in Emily Dickinson, Car l'adieu c'est la nuit, Poésie Gallimard, 2007.

Le jour le plus long que Dieu ait fixé
Finira en même temps que le soleil.
L'angoisse peut circuler jusqu'à ses racines
Il lui faut ensuite s'en retourner.

Essential Oils

Essential Oils - are wrung -
That Attar from the Rose
Be not expressed by Suns - alone -
It is the gift of screws -

The General rose - decay -
But this - in Lady's drawer
Make Summer - When lady lie
In Ceaseless Rosemary.

Les huiles essentielles - sont extraites
Quintessence de la Rose
Que le soleil ne peut prodiguer - seul -
C'est le don de l'écrou -

Toute rose, parce que rose - se fane -
Cette fragrance - dans le tiroir de la femme
Fabrique l'été - quand repose la femme
Dans la permanence du romarin.

Pièce 772, in Emily Dickinson Car l'adieu c'est la nuit, Poésie Gallimard, 2007.
trad. Stéphane Labbe
Lien vers le Emily Dickinson's museum :

http://www.emilydickinsonmuseum.org/

mardi 3 février 2009

L'aviateur de Yeats

William Butler Yeats est l'un des plus grands poètes du XXe siècle (1865-1939). Prix Nobel de littérature en 1923, il chante dans son oeuvre son attachement à la terre d'Irlande dont il ressuscite parfois les mythes. Sa poésie, mystique et exaltée se ressent de l'influence romantique mais témoigne d'une liberté et d'une puissance rarement atteintes en ce siècle qui eut tant de mal à simplement admirer.

An irish airman foresees his death

I know that I shall meet my fate
Somewhere among the clouds above ;
Those that I fight I do not hate
Those that I guard I do not love ;
My country is Kiltartan Cross,
My countrymen Kiltartan’s poor,
No likely end could bring them loss
Or leave them happier than before.
Nor law, nor duty bade me fight,
Nor public man, nor cheering crowds,
A lonely impulse of delight
Drove to this tumult in the clouds;
I balanced all, brought all to mind,
The years to come seemed waste of breath,
A waste of breath the years behind
In balance with this life, this death.

The wild swans at Coole, 1919.

Un aviateur irlandais pressent son trépas

Je le sais, je rencontrerai mon destin
Quelque part, là-haut, par dessus les nuages;
Je n'ai pas de haine envers ceux que je combats,
Et je n'aime pas ceux pour qui je me bats;
Mon pays à pour nom Kiltarton Cros,
J'ai pour concitoyens, les pauvres de Kiltarton.
Rien ne pourrait les rendre plus démunis
Ni même leur apporter un quelconque bonheur,
Ni les lois, ni le devoir ne m'ont conduit au combat
Ni les hommes politiques ou les clameurs de la foule;
L'impulsion solitaire de la joie seule,
M'a amené à ce tumulte des nuages;
J'ai tout bien soupesé, tout réfléchi,
Les années à venir ne me semblaient que gaspillage
De même que gaspillage avaient été les années passées
Au regard de cette vie, de ce trépas.

Les Cygnes de Coole, 1919. Trad. Stéphane Labbe